Standardiser des gestes vers les designs

Dans ce domaine, on parle souvent de 𝐬𝐭𝐚𝐧𝐝𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞𝐬𝐢𝐠𝐧 et de...

Standardiser des gestes vers les designs

Standardiser des gestes vers les designs

Hier avait lieu la 7ème journée de l'Académie Lean Engineering animée par Michael Ballé où nous avons abordé le sujet des standards de conception.

Dans ce domaine, on parle souvent de 𝐬𝐭𝐚𝐧𝐝𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞𝐬𝐢𝐠𝐧 et de 𝐬𝐭𝐚𝐧𝐝𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐜𝐞𝐬𝐬. C’est nécessaire : ils permettent de capitaliser les connaissances, de réduire les variations inutiles et d’éviter de réinventer ce que l’on sait déjà. Mais une difficulté apparaît lorsque ces standards sont pensés uniquement comme des règles ou codes à faire appliquer, descendues depuis l’ingénierie ou les méthodes vers le terrain. On croit alors standardiser le travail, alors qu’on ne fait parfois que prescrire une solution.

Le Lean nous invite à regarder plus finement ce que l’on standardise. Il existe plusieurs niveaux de standards : les standards de conception, les standards de process, mais aussi les 𝐬𝐭𝐚𝐧𝐝𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐥𝐢𝐞́𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐠𝐞𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐛𝐚𝐬𝐞 qui créent réellement la valeur. Or, dans beaucoup d’entreprises, la standardisation s’arrête au niveau du process : la gamme, la séquence, les paramètres, les contrôles. Mais que sait-on vraiment du geste ? De la manière de tenir, positionner, assembler, ajuster, écouter, sentir, observer ? C’est souvent là que se joue la qualité.

Cette distinction change profondément la logique d’apprentissage. Si l’on part uniquement du standard de design ou du standard de process, on risque de demander au terrain de se conformer à une intention qui ne tient pas toujours compte de la réalité du travail. Si l’on part des gestes métier, au contraire, on observe ce qui fait réussir, ce qui fait varier, ce qui rend le travail difficile ou fiable. Le standard n’est plus seulement une instruction : il devient une manière de rendre explicite la connaissance.

Standardiser au sens du TPS ne consiste donc pas à figer le travail depuis le haut. Cela consiste à apprendre des gestes qui créent la valeur, à les expliciter, à les partager, puis à les faire remonter vers le process et le design. C’est peut-être l’un des grands défis du Lean Engineering : ne pas seulement concevoir de meilleurs produits ou de meilleurs processus, mais construire une boucle d’apprentissage entre ceux qui imaginent, ceux qui industrialisent et ceux qui réalisent. Car au fond, si la valeur se crée dans le geste, c’est aussi là que devrait commencer le standard.


Rémi Vallée

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