Tout fonctionne bien. C’est souvent ce que l’on croit.
J’ai fait le même constat récemment, lors d’une conférence organisée avec le Centre des Jeunes Dirigeants. Nous recevions le CEO d’une très belle entreprise française engagée dans une transformation Lean. Pas de théorie. Pas de discours parfait. Du terrain.
Il nous a parlé des problèmes. Les vrais. Ceux que vivent les équipes. Ceux que vivent les managers. Avec une transparence totale. Son approche est simple en apparence : partir d’un cas concret, un problème réel et tirer le fil, encore et encore, jusqu’à comprendre vraiment. Comprendre les causes, comprendre les mécanismes, comprendre ce qui, au quotidien, empêche de bien faire le travail.
Ce travail sur les cas unitaires, il le mène partout, à tous les niveaux et sur tous les sujets. Et c’est là que quelque chose m’a marqué. Dans la salle, deux réactions. Il y avait ceux qui voulaient voir et ceux qui refusaient déjà. Pas frontalement. Mais dans les regards. Dans les mots. Dans les postures. “Chez nous, ça ne peut pas arriver…” “On est trop petits pour ça…” “On n’a pas ces problèmes…” “Franchement, chez nous, ça tourne bien…”
Ils pensent que ça ne les concerne pas, que leur organisation fonctionne, qu’il n’y a pas besoin d’aller creuser et, souvent, ils ont tort, parce que le terrain, le gemba, ne ment jamais.
Quand on va voir vraiment et qu’on observe sans filtre, alors on découvre presque toujours des choses que l’on pensait impossibles dans son entreprise. Des problèmes invisibles, des gaspillages acceptés, des habitudes devenues normales et parfois même, des leviers de progrès là où on pensait qu’il n’y avait rien à améliorer.
C’est ça, la force du Lean. Pas des outils. Pas une méthode magique. Mais une posture.
- Aller voir.
- Accepter d’être surpris.
- Remettre en question ce que l’on croyait établi.
Le Lean commence là et par une décision personnelle : vouloir voir.
Parce que voir, c’est accepter. Accepter les problèmes, accepter la réalité et accepter de changer soi-même. Et c’est souvent là que ça bloque. Le Lean n’est pas confortable. Il vient questionner nos certitudes, nos habitudes de dirigeants et notre manière de décider. Alors forcément … tout le monde ne veut pas voir.
Mais pour ceux qui acceptent : c’est un levier immense, pour les équipes, pour la performance et pour le sens.
Et au fond, la vraie question est simple : est-ce que vous voulez voir ?
Grégory Verdon
Publié le 13 avril 2026 sur Articles ILF sur LinkedIn
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