Je perds donc j’apprends ?

Après une défaite, la phrase revient souvent : « 𝑂𝑛 𝑣𝑎 𝑎𝑝𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑒. » Elle est...

Je perds donc j’apprends ?

Je perds donc j’apprends ?

Après une défaite, la phrase revient souvent : « 𝑂𝑛 𝑣𝑎 𝑎𝑝𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑒. » Elle est rassurante, presque automatique. L’échec serait une étape nécessaire vers le progrès. En réalité, pour que perdre suffise à apprendre, encore faut-il savoir ce que l’on cherche à tester, ce que l’on observe réellement, et ce que l’on décide de changer.

Dans un Kaizen, l’apprentissage ne naît pas simplement du résultat. Il naît de l’𝐞́𝐜𝐚𝐫𝐭 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐡𝐲𝐩𝐨𝐭𝐡𝐞̀𝐬𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́. Si l’on avait imaginé qu’une nouvelle organisation permettrait de mieux servir le client, de réduire un délai ou de sécuriser la qualité, alors le résultat devient une source d’apprentissage. Mais sans hypothèse claire au départ, l’échec reste souvent une frustration. On commente, on interprète, on cherche des causes générales. Mais on apprend pas.

C’est là que le "Check" du PDCA devient essentiel. Trop souvent, nous passons rapidement du "Do" au "Act" : on essaie quelque chose, cela ne marche pas, puis on corrige dans l’urgence. Or, le "Check" n’est pas une formalité. C’est le moment où l’on confronte les faits à l’intention initiale. Qu’avions-nous prévu ? Que s’est-il réellement passé ? Où l’écart est-il apparu ? Qu’est-ce que cela nous apprend sur notre compréhension du problème ? Sans ce travail, nous ne faisons que multiplier les essais.

Le Lean ne célèbre donc pas l’échec pour lui-même. Il cherche 𝐚̀ 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐥’𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞. Perdre peut devenir une occasion d’apprendre, mais seulement si l’on accepte de regarder les faits avec rigueur et humilité. La vraie question n’est pas : avons-nous perdu ? Elle est plutôt : qu’avions-nous pensé comprendre, et qu’est-ce que la réalité vient de nous apprendre ?


Rémi Vallée

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